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Le Palais de la Longévité

Acte 15 : Fruits offerts

Chapitre 15

Scène 15 – Présentation des fruits

(Air : Saules traversés par un poisson) – (Un messager, rôle secondaire, entre précipitamment, une perche de bambou à la main, portant un panier de litchis ; il fait mine de fouetter son cheval.)

Un homme chevauche un destrier de guerre sur des myriades de lieues,

Subissant mille peines pour offrir des litchis.

L’ordre impérial ne souffre aucun refus,

À quoi bon la gloire et le gain quand le loisir est si doux ?

J’espère seulement, j’espère atteindre Chang’an,

Rien que pour un regard de la favorite.

Je suis messager de la route de Xizhou. Parce que la favorite Yang Aime les litchis frais, sur ordre de Sa Majesté, je me rends à Fuzhou chaque année pour en offrir. La chaleur est accablante, la route est longue, mais je ne ménage pas ma peine et galope à bride abattue. (Il fouette son cheval et répète les trois vers « J’espère seulement » en courant hors scène.)

(Air : Montagnes ébranlées) – (Un second messager, rôle secondaire, entre, portant un panier de litchis, fouettant son cheval avec hâte.)

Les litchis de Hainan ont une saveur incomparable,

La favorite Yang les aime par-dessus tout.

On les cueille avec leurs feuilles, on les enferme dans de petits paniers de bambou.

Jour et nuit, on presse les chevaux pour les offrir,

Craignant sans cesse un retard sur la route,

De relais en relais, je galope sans répit !

Je suis messager de la route de Hainan. Parce que la favorite Yang raffole des litchis frais, ceux de Hainan surpassent ceux de Fuzhou. Aussi l’empereur a-t-il ordonné qu’on les offre en même temps. Mais la distance de Hainan est bien plus grande : après sept jours, les litchis perdent leur parfum. Je dois donc galoper à toute allure. (Il fouette son cheval et répète les deux vers « De relais en relais » en courant hors scène.)

(Air : Dix tambours de bois) – (Un vieux paysan, rôle externe, entre.)

Le labeur du paysan est plein de souffrances,

Il craint la sécheresse et redoute la pluie.

Toute l’année, il compte sur quelques tiges,

La moitié de la récolte sert à payer les impôts,

Hélas, que reste-t-il pour nourrir son ventre !

Chaque jour, il espère la maturité,

Prie le ciel et implore les dieux.

Je suis un laboureur du canton est de Jincheng. Toute ma famille de huit bouches ne vit que de ces quelques arpents de terre ingrate. Ce matin, j’ai appris que les messagers chargés d’offrir des litchis frais coupent par les chemins les plus courts, piétinant sans scrupule les jeunes pousses des champs ! Aussi suis-je venu veiller sur mes cultures. (Il regarde au loin.) Voilà deux diseurs de bonne aventure qui arrivent. (Un jeune aveugle, rôle secondaire, entre, tenant des planchettes de bambou, suivi d’une femme aveugle, rôle pur, qui joue du luth ; ils marchent ensemble.)

(Air : Fils du papillon de nuit)

J’habite à Baocheng, je vais à Xianjing,

Je calcule avec soin le sort et les astres.

Vie et mort, je les distingue clairement,

Ma langue de fer est célèbre au loin comme près.

Monsieur l’aveugle, vraiment infaillible,

On m’appelle le dieu des devins, venez vous faire prédire l’avenir !

(La femme :) « Vieux, j’ai marché plusieurs étapes, aujourd’hui j’ai mal aux pieds, je n’en peux plus. Ce n’est pas de la divination, c’est plutôt à la mort que je cours ! » (Le jeune aveugle :) « Mère, j’entends quelqu’un parler là-bas. Laisse-moi lui demander. (Il appelle :) « Hé, l’honorable voyageur, quel est cet endroit ? » (Le vieux paysan :) « C’est le canton est de Jincheng, à la limite du canton ouest de Weicheng. » (Le jeune aveugle s’incline de travers :) « Merci de votre indication. » (Une clochette sonne au loin ; le vieux regarde :) « Ah ! Une troupe de cavaliers approche. (Il crie :) « Officiers à cheval, prenez la grand-route, ne piétinez pas les jeunes pousses ! » (Le jeune aveugle dit à la femme :) « Mère, heureusement que la capitale n’est plus loin. Allons de l’avant, je vous louerai un âne pour vous porter. » (Ils répètent les trois vers « Monsieur l’aveugle » en marchant.) (Le premier messager fouette son cheval et répète les trois vers « J’espère seulement » en entrant en trombe, renversant le jeune aveugle et la femme, puis disparaît.) (Le second messager fouette son cheval et répète les deux vers « De relais en relais » en entrant à toute vitesse, piétinant le jeune aveugle à mort, puis disparaît.) (Le vieux paysan frappe du pied et se lamente en direction de la porte des esprits :) « Ciel ! Regarde ce champ de blé, tout est piétiné par ces brutes. C’est fini, inutile. Non seulement ma famille est perdue, mais les impôts officiels sont exigés avec rigueur : avec quoi vais-je les payer ? Quel malheur ! » (La femme aveugle, en rampant :) « Hélas ! On a écrasé quelqu’un ! Vieux, où es-tu ? (Elle tâte le jeune aveugle :) « Ah ! C’est le vieux. Pourquoi ne dit-il rien ? Serait-il assommé ? (Elle tâte encore :) « Hélas ! Sa tête est toute mouillée. (Elle porte sa main à son nez :) « Malheur ! On lui a écrasé la cervelle ! (Elle pleure et crie :) « Mon ciel ! Au secours, quelqu’un d’ici ! » (Le vieux paysan se retourne et regarde :) « C’est donc un diseur de bonne aventure, écrasé ici. » (La femme se lève et fait une révérence de côté :) « Je supplie les autorités locales de faire payer ce crime au cavalier ! » (Le vieux :) « Hélas ! Ce cavalier, c’est celui qui offre des litchis frais à la favorite Yang. Sur sa route, il a écrasé bien des gens sans qu’on ose lui demander réparation. Et toi, une simple aveugle ! » (La femme :) « Alors, que faire ? (Elle pleure :) « Mon vieux ! J’avais prédit que tu mourrais en chemin. Et maintenant, ce cadavre, comment l’ensevelir ? » (Le vieux :) « Écoute, inutile d’aller chercher les autorités. Je t’aiderai à le porter et à l’enterrer. » (La femme :) « Merci ! Alors, je ferai partie de ta famille, n’est-ce pas bien ? » (Ils portent ensemble le jeune aveugle et sortent en pleurant et en plaisantant.)

(Un employé de relais, rôle grimé, entre.)

(Air : Petite introduction)

Le chef du relais a fui, le chef du relais a fui,

Les chevaux sont morts, il ne reste que des carcasses.

Il n’y a qu’un employé,

Pas un sou de provisions ni d’argent.

Je dois supporter coups et injures,

Et faire face comme je peux, faire face comme je peux !

Je suis un simple employé du relais de Weicheng. Parce que la favorite Yang aime les litchis frais, le premier jour du sixième mois étant son anniversaire, les messagers de Fuzhou et de Hainan doivent arriver à temps. Leur route passe par notre relais. Mais nous n’avons ni provisions ni argent, et il ne reste qu’un seul cheval étique. Le chef, craignant les coups, s’est enfui on ne sait où. Moi, je fais l’intérim. Mais comment faire face à l’arrivée des messagers ? Tant pis, advienne que pourra ! (Le premier messager entre à cheval, au galop.)

(Air : Hâte pressante)

Dans la poussière jaune, le soleil touche les monts,

Je presse, je presse, j’approche de Chang’an. (Il met pied à terre.)

« Employé, vite, change mon cheval ! » (L’employé prend la bride ; le messager pose son panier de fruits et rajuste ses vêtements.) (Le second messager entre à bride abattue.)

Trempé de sueur, les membres brisés,

Je presse, je presse, il me faut un autre destrier.

(Il met pied à terre.) « Employé, vite, change mon cheval ! » (L’employé prend la bride ; le second messager pose son panier et salue le premier.) « Salut ! Vous aussi, vous apportez des litchis ? » (Le premier :) « En effet. » (Le second :) « Employé, où sont le vin et le riz pour les voyageurs ? » (L’employé :) « Je n’ai rien préparé. » (Le premier :) « Peu importe, nous ne mangerons pas. Amène vite un cheval ! » (L’employé :) « Messieurs, il ne reste qu’un seul cheval dans ce relais. Que l’un de vous le prenne. » (Le second :) « Peuh ! Un si grand relais que Weicheng, et un seul cheval ? Appelle vite ce chien de chef, et demande-lui où sont passés les chevaux du relais ! » (L’employé :) « À force d’être montés par les messagers des litchis, ils sont tous morts. Le chef, ne sachant que faire, a pris la fuite. » (Le second :) « Puisqu’il est parti, c’est à toi que je m’en prends. » (L’employé montre du doigt :) « N’y a-t-il pas un cheval dans l’écurie ? » (Le premier :) « Employé, je suis arrivé le premier, laisse-moi le prendre. » (Le second :) « Moi, je viens de plus loin, de Hainan, laisse-moi passer devant. » (Le premier se tourne vers l’intérieur.)

(Air : Vous, l’homme au chanvre)

« J’ai changé de cheval le premier, je ne dispute pas avec toi. » (Le second le retient :) « Ne fais pas le fort, ou tu auras affaire à moi ! » (Le premier prend les litchis dans sa main :) « Oserais-tu jeter ces fruits par terre ? » (Le second prend les litchis et les brandit vers le premier :) « Oserais-tu briser mon panier de bambou ? » (L’employé les apaise :) « Calmez-vous, ne vous fâchez pas. Autant monter ce cheval étique tous les deux sur la route ! » (Le second frappe l’employé avec les litchis :) « Peuh ! Quelle sottise ! »

(Air : Même air précédent)

« Je ne frappe que ce misérable sale et puant ! » (Le premier pose les litchis et frappe l’employé :) « Et moi, je frappe ce coquin endurci et insolent ! » (Le second :) « Tu détournes les chevaux de l’État, tu as la langue trop bien pendue. » (Le premier :) « Tu fais perdre du temps pour le service impérial, tu as un courage de lion ! » (Ils frappent ensemble.) (Ensemble :) « Les fouets cinglent, les poings cognent durement, Nous te frappons sans répit, et le cheval, nous l’aurons ! »

(Air : Même air précédent) – (L’employé se prosterme :)

« À terre, je frappe le sol de mon front,

Je supplie vos seigneuries de retenir leur main. »

(Les deux messagers :) « Si nous devons te pardonner, amène vite un cheval ! »

(L’employé :) « Un cheval est là, dans l’écurie. »

(Les deux :) « Il nous en faut un autre. »

(L’employé :) « Un second, vraiment, je ne peux le fournir. »

(Les deux :) « Sinon, à coups ! »

(L’employé :) « Attendez, ne frappez pas, écoutez-moi :

Je n’ai que mes habits à vous offrir en guise de vin ! »

(Il enlève sa tunique.)

(Le premier :) « Qui veut de tes habits ! » (Le second regarde la tunique et la passe sur ses épaules :) « Soit ! Il faut presser la route. Je reprends mon cheval et je le changerai à la prochaine étape. » (Il prend ses fruits, remonte à cheval, répète les deux vers « De relais en relais » et part au galop.) (Le premier :) « Vite, amène-moi un cheval. » (L’employé :) « Le voici. » (Le premier prend ses fruits, monte à cheval, répète les trois vers « J’espère seulement » et part au galop.) (L’employé reste seul en scène :) « Hélas ! Favorite Yang, favorite Yang, tout cela pour quelques litchis ! »

Les portes de fer aux verrous d’or restent ouvertes toute la nuit, (Cui Ye)

Le papier jaune s’envole dès que l’édit impérial est signé. (Yuan Zhen)

Le fouet du courrier à cheval claque comme un éclair, (Li Ying)

Nul ne sait que ce sont les litchis qui arrivent. (Du Mu)