Le Bois de catalpa
Le roi dit : « Fong, il faut que, par l’intermédiaire des simples sujets et de leurs subordonnés, on communique jusqu’aux maisons des grands officiers ; et par l’intermédiaire de leurs subordonnés, on communique jusqu’aux seigneurs établis par le roi.
Si tu dis souvent ainsi : “J’ai de nombreux chefs, tels que les directeurs des terres, des chevaux, des travaux, les intendants et les gouverneurs, et ils disent tous : ‘Je n’ai point sévèrement mis à mort.’” En réalité, leurs souverains les ont d’abord traités avec respect et consolation, c’est pourquoi, lorsqu’ils se rendent quelque part, ils traitent aussi les autres avec respect et consolation. Alors les hommes pervers et rebelles, qui tuent et blessent, obtiennent le pardon ; ils voient aussi la conduite de leur souverain, et même ceux qui nuisent et corrompent obtiennent le pardon.
Le roi ouvre la leçon du miroir, redresse les désordres, et dit au peuple : “Ne vous faites point de mal les uns aux autres, ne vous maltraitez point ; respectez même les faibles et les solitaires ; prenez soin même des femmes subordonnées ; suivez tous la voie de l’indulgence.” Le roi doit examiner les seigneurs et ceux qui gouvernent ; par quoi leurs ordres sont-ils mis en œuvre ? C’est par la conduite qui nourrit et apaise. Depuis les rois antiques, il en fut ainsi ; dans la leçon du miroir, il n’y a rien à écarter.
C’est comme lorsqu’on cultive un champ : après avoir peiné à défricher la terre en friche, il faut encore disposer et réparer, tracer les limites et les fossés. C’est comme lorsqu’on bâtit une maison : après avoir peiné à élever les murs, il faut encore les enduire de boue et les couvrir de chaume. C’est comme lorsqu’on fabrique des instruments en bois de catalpa : après avoir peiné à les tailler et les polir, il faut encore les enduire de laque et de vermillon.
Maintenant, le roi dit : “Les rois antiques ont déjà, par leur vertu éclatante, attiré et soutenu tous les seigneurs, les amenant à jouir de la paix, et venant comme des frères des quatre extrémités. Ils ont aussi, par leur vertu éclatante, établi pour les générations futures des lois modèles, faisant jouir tous les seigneurs d’une grande paix.”
Le grand Ciel a déjà confié au roi antique le peuple de la Chine et ses territoires.
Ainsi le roi doit, par sa vertu, guider avec douceur, devant et derrière, le peuple égaré, afin de réjouir le mandat que le Ciel a conféré au roi antique.
Voilà ! Si l’on prend ainsi leçon du miroir, on peut dire : “Puisse-t-il atteindre dix mille ans, et que les fils et petits-fils du roi conservent éternellement le peuple.” »
Livre V, Livre des Zhou
