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Documents de Xia

Chansons des Cinq Fils

Chapitre 8

Taikang perdit son royaume. Ses cinq frères cadets l’attendaient au méandre de la rivière Luo. Ils composèrent la « Chanson des cinq fils ». (Cette phrase ne figure pas dans le texte d’origine.)

Taikang occupait le trône mais ne gouvernait pas. Par recherche du confort et des plaisirs, il perdit la vertu qui lui incombait. Les gens du peuple nourrissaient tous des pensées de défection. Lui, pourtant, continuait à se divertir sans retenue. Il chassait sur la rive sud de la Luo, et resta cent jours sans revenir.

Le souverain du pays de Youqiong, Houyi, profitant de ce que le peuple ne pouvait plus le supporter, lui barra le passage au bord du fleuve Jaune.

Ses cinq frères cadets, qui servaient leur mère et la suivaient, attendaient au méandre de la rivière Luo. Les cinq jeunes seigneurs, tous le cœur plein de ressentiment, rappelèrent les mises en garde de Yu le Grand et composèrent ces chants.

Le premier dit : Le grand ancêtre a laissé cet enseignement : on peut se montrer proche du peuple, on ne peut le mépriser. Le peuple est la racine de l’État ; quand la racine est solide, l’État trouve la paix.

Je regarde les hommes et les femmes du commun sous le ciel : chacun d’eux pourrait me surpasser. Quand un homme commet maintes fautes, la rancœur ne se cache pas forcément en un lieu visible ; il faut y songer avant même qu’elle ne se manifeste. Face aux millions de sujets, je suis saisi d’effroi comme si je conduisais six chevaux avec des rênes pourries. Celui qui se tient au-dessus des hommes, comment pourrait-il ne pas être respectueux ?

Le deuxième dit : Parmi les leçons des ancêtres, il est écrit ceci : à l’intérieur, s’adonner aux charmes féminins ; au-dehors, s’adonner à la chasse ; boire avec excès le bon vin, se complaire dans la musique ; habiter de hautes demeures aux murs sculptés. Qu’une seule de ces choses l’emporte, et nulle maison ne saurait éviter la ruine.

Le troisième dit : Cet empereur Yao, de la maison de Taotang, possédait cette région de Jizhou. Aujourd’hui, parce qu’on a tourné le dos à sa voie de bon gouvernement et bouleversé ses lois, on a marché vers la destruction.

Le quatrième dit : Illustre et éclatant est notre aïeul, souverain de dix mille États. Il avait des règlements, il avait des lois, et les a transmis à ses descendants. Les impôts et tributs étaient levés avec équité, les greniers du royaume en étaient remplis. Aujourd’hui, on a dilapidé et perdu le patrimoine des ancêtres, renversé la lignée et interrompu les sacrifices.

Le cinquième dit : Hélas, où pourrions-nous revenir ? Mon cœur est chargé d’affliction. Le peuple tout entier nous hait ; sur qui pourrais-je m’appuyer ? Mon cœur est oppressé de chagrin ; ma face a beau être épaisse, j’éprouve de la honte. Au début, je n’ai pas su garder la vertu avec prudence ; à présent, même si je me repens, comment en serait-il encore temps ?