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Petites Odes

Paroles Habiles

Chapitre 38

Préface : « Les Paroles Artificieuses » est un poème satirique adressé au roi You des Zhou. Un grand officier, victime de calomnies, composa ce poème.

Ô ciel vaste et lointain, les hommes t’appellent leur père et mère. Sans avoir commis de faute, j’endure un si grand désastre.

Le ciel est vraiment redoutable dans sa majesté ; moi, je suis véritablement innocent. Le ciel est vraiment obscur et aveugle ; moi, je suis véritablement sans reproche.

Au commencement du désastre, les paroles calomnieuses furent d’abord tolérées. Quand le désastre survint à nouveau, le prince écouta ces calomnies.

Si le prince s’irritait contre les calomnies, le désastre aurait peut-être vite cessé. Si le prince aimait la vertu et la bonté, le désastre aurait peut-être vite pris fin.

Le prince multiplie les serments d’alliance, mais le désastre n’en croît que davantage. Le prince se fie à des hommes vils comme des voleurs, et le désastre n’en devient que plus violent.

Les paroles de ces hommes vils sont extrêmement douces, et le désastre s’aggrave peu à peu. Ils ne sont pas fidèles à leur devoir, ils n’apportent que du malheur au souverain.

Le majestueux temple ancestral et la salle du palais, c’est le prince qui les a bâtis. Les sages lois qui gouvernent le royaume, ce sont les sages qui les ont établies.

Si un autre conçoit des pensées mauvaises, je peux les deviner. Le lièvre rusé qui bondit, lorsqu’il rencontre un chien de chasse, est capturé.

Les arbres souples et flexibles, c’est le prince qui les a plantés. Les rumeurs qui vont et viennent, le cœur sait pourtant les discerner.

Les grands discours pompeux sortent de la bouche. Les paroles artificieuses, douces comme le son du chalumeau, ont un visage vraiment épais.

Qui est donc cet homme, qui habite au bord de la rivière ? Sans force ni courage, il est pourtant la racine du désastre.

Le mollet est ulcéré, le pied est enflé : où donc est ton courage ? Tes mauvais desseins sont si nombreux, combien as-tu de complices ?

« Les Paroles Artificieuses » comprend six strophes, chaque strophe de huit vers.