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Trois Cents Poèmes

Retraite face aux bandits – Notice aux magistrats (Yuan Jie)

Chapitre 1

Autrefois, en des temps de paix prospère, je vécus retiré dans les montagnes et les forêts pendant vingt ans. La source du ruisseau se trouvait dans la cour même de ma demeure, et les grottes ainsi que les ravins faisaient face à ma porte. Les impôts et taxes foncières avaient leurs échéances fixes ; quand le soleil était haut dans le ciel, je pouvais encore dormir paisiblement. Soudain, les temps changèrent et le monde fut en désordre ; pendant de nombreuses années, je participai personnellement aux campagnes militaires. Aujourd’hui, je suis chargé de gouverner cette préfecture, mais voilà que les Barbares des montagnes se soulèvent en tous sens. La ville étant petite, les bandits n’y viennent pas pour piller et massacrer ; le peuple est si pauvre qu’il inspire vraiment la pitié. C’est pourquoi les districts voisins ont tous été pris, tandis que celui-ci seul a été préservé. Les envoyés impériaux, qui exécutent les ordres du souverain, ne valent-ils donc pas moins que ces bandits ? Ils poussent les fonctionnaires chargés de lever les impôts à presser le peuple comme si on le brûlait à petit feu. Qui pourrait supporter de couper les moyens de subsistance du peuple pour gagner, en ce monde, la réputation d’un homme vertueux ? Je voudrais démissionner de ma charge, prendre une perche et manœuvrer moi-même la barque. Emmenant ma famille, j’irai là où il y a du poisson et du blé, pour finir mes vieux jours au bord des lacs et des rivières.