Note explicative du « Éventail aux fleurs de pêcher »
Préface au *Éventail aux fleurs de pêcher
Le genre littéraire du chuánqí (légende merveilleuse) est fait pour consigner les faits extraordinaires ; ce qui n’est pas extraordinaire ne se transmet pas. Qu’y a-t-il donc d’extraordinaire dans Le Pavillon aux fleurs de pêcher ? L’éventail d’une courtisane, les vers d’un débauché, les peintures d’un voyageur, voilà des choses triviales ; pour plaire à l’être aimé, accepter de se lacérer le visage afin de manifester sa résolution, voilà une affaire mesquine ; se railler mutuellement, en utilisant des gouttes de sang pour teindre des fleurs, voilà une action légère ; se servir d’un objet intime pour exprimer ses sentiments, cacheter et envoyer une lettre, voilà encore une chose obscène et sans importance. Qu’y a-t-il donc d’extraordinaire dans Le Pavillon aux fleurs de pêcher ? Ce qui le rend extraordinaire sans l’être, c’est la fleur de pêcher sur l’éventail ; la fleur de pêcher, c’est la trace de sang d’une belle ; la trace de sang, c’est celle d’une personne qui, fidèle à sa chasteté en attendant d’être promise, s’est fracassé le crâne et a versé un sang abondant, refusant de se soumettre aux puissants pervers ; les puissants pervers, ce sont les rejetons de la clique des eunuques de Wei Zhongxian ; ces rejetons, ce sont ceux qui ont offert des femmes et des chants, amassé richesses et biens, formé des factions pour se venger, et ruiné les fondations de l’empire vieux de trois cents ans. Les fondations de l’empire ayant disparu, où sont encore les puissants pervers ? Seules demeurent les traces de sang de la belle, la fleur de pêcher sur l’éventail, que les gens louent avec un murmure d’admiration, claires et visibles. Voilà pourquoi une chose, sans être extraordinaire, le devient, et sans devoir être transmise, peut l’être. Est-ce le visage d’une personne ? Ou bien la fleur de pêcher ? Même après mille et un printemps, leur rouge éclat se répond encore. Allez donc interroger le moine qui plante les pêchers, on ne sait même plus où il est allé !
Le troisième mois de l’année wuzi de l’ère Kangxi, écrit négligemment par Yunting Shanren.
