Deuxième Livre : Cui Yingying écoute la cithare dans la nuit · Quatrième acte
(Le lettré Zhang entre en scène et dit) Cette nuit, la lettre que la servante Rouge m’a apportée hier m’a fixé rendez-vous : je dois sauter par-dessus le mur pour rejoindre Yingying. Cette fois, je suis sûr de réussir mon affaire. Seulement, ce mur est si haut, comment pourrai-je sauter par-dessus ? Qu’à cela ne tienne, je vais chercher une échelle. (Il fait mine de chercher une échelle.) Parfait ! Il y a justement une échelle par là, qui fera mon affaire. (Il fait mine de la déplacer.) À cette heure, la nuit est profonde et tout est silencieux, c’est le moment idéal. Je vais donc déplacer l’échelle sans bruit jusqu’au pied du mur. (Il fait mine de poser l’échelle.) Je vais grimper au sommet du mur, puis sauter de l’autre côté. (Il fait mine d’escalader.) Aïe, ce mur est vraiment haut ; il faut que je fasse attention. (Il fait mine de sauter.) Bon, me voici enfin descendu. Ici, c’est l’extérieur de la chambre de Yingying. Je vais tousser pour voir comment elle réagit.
【La dame fait mettre la table et dit】 : « Hongniang est allée inviter le jeune maître Zhang, pourquoi ne vient-il pas ? »
【Hongniang, voyant la dame, dit】 : « Le jeune maître Zhang m’a laissée partir devant, il viendra dans un instant. »
【Le jeune maître entre, salue la dame avec cérémonie】
【La dame dit】 : « Avant-hier, sans vous, Monsieur, comment aurions-nous ce jour ? La vie de toute ma famille, c’est vous qui l’avez sauvée. J’ai préparé un peu de vin et de plats, non pas pour récompenser un si grand bienfait, mais veuillez ne pas prendre ombrage de la légèreté de mon attention. »
【Le jeune maître dit】 : « “Quand un homme a du bonheur, dix mille hommes s’en réjouissent.” La défaite de ce bandit est due à la fortune de madame. Si le général Du n’était pas venu, aucun de nous n’aurait échappé à la mort. Ce sont des choses passées, il n’est pas besoin d’en parler. »
【La dame dit】 : « Apportez le vin ! Monsieur, veuillez boire cette coupe jusqu’à la dernière goutte. »
【Le jeune maître dit】 : « “Ce que l’aîné offre, le cadet n’ose le refuser.” »
【Le jeune maître fait le geste de boire】
【Le jeune maître verse du vin à la dame】
【La dame dit】 : « Monsieur, veuillez vous asseoir ! »
【Le jeune maître dit】 : « Me tenir debout à côté du siège est déjà une infraction aux rites ; comment oserais-je m’asseoir en face de madame ? »
【La dame dit】 : « Le proverbe dit : “Le respect est moins important que l’obéissance.” »
【Le jeune maître remercie et s’assoit】
【La dame dit】 : « Hongniang, va appeler mademoiselle, qu’elle vienne saluer Monsieur ! »
【Hongniang, se tournant vers la porte des esprits, appelle】 : « La vieille dame reçoit un hôte dans la salle arrière, que mademoiselle sorte ! »
【Mademoiselle répond】 : « Je ne me sens pas bien, je ne peux venir. »
【Hongniang dit】 : « Sais-tu qui est invité ? »
【Mademoiselle dit】 : « Qui donc ? »
【Hongniang dit】 : « C’est le jeune maître Zhang ! »
【Mademoiselle dit】 : « Si c’est le jeune maître Zhang, même malade, je ferai le chemin. »
【Hongniang fait des mines】
【Mademoiselle entre】 : « Écarter le malheur de toute la famille Cui, tout tient à une demi-page de lettre du jeune maître Zhang. »
【Air : Shuangdiao · Wu gongyang】 : « Sans la vaste connaissance et la multitude d’amis du jeune Zhang, un autre aurait-il pu repousser les armes ? On dispose les mets et les fruits, on range les chants et les musiques. La fumée de l’encens en volutes légères, le parfum des fleurs subtil, se répandent dans les rideaux du vent d’est. Sauvant notre famille du désastre, l’accueil empressé est un rite juste, le respect est aussi de mise. »
【Air : Xinshui ling】 : « Tout à l’heure, sous la fenêtre de gaze verte, j’ai dessiné mes sourcils doubles, essuyant la trace de poudre parfumée sur ma robe de soie, collant à peine du bout des doigts une fleur de front. Sans cette alerte, je serais encore couchée, la couverture brodée sur moi. »
【Hongniang dit】 : « Regarde ce visage de notre sœur aînée, il est si délicat qu’on le crèverait en soufflant. Le jeune maître Zhang a de la chance ! »
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Yao pian】 : « Espèce de sotte menteuse sans poids ni mesure, tu dis que mon visage prêt à se coiffer est si délicat qu’on le crèverait en soufflant. »
【Hongniang dit】 : « Notre sœur aînée a naturellement l’air d’une dame. »
【Mademoiselle chante】 : « Toi, ne bavarde pas, ne dis pas n’importe quoi. Qui sait ce que le destin lui réserve ? Moi, devenir dame, je le mérite bien. »
【Hongniang dit】 : « D’habitude, vous souffriez tous deux du mal d’amour ; ce matin, vous voilà joyeux ! »
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Qiaomu zha】 : « Moi, je languissais pour lui, lui, il languissait pour moi ; désormais, la peine des deux côtés peut s’achever. Quand il faut fêter, on fête, mais ma mère a trop de soupçons. »
【Hongniang dit】 : « Serait-ce que madame veut unir mademoiselle et le jeune maître ? Pourquoi alors ne pas préparer un grand banquet, inviter parents et amis, et n’offrir qu’un petit repas ? »
【Mademoiselle dit】 : « Hongniang, tu ignores l’intention de madame. »
【Air : Jiaozheng pa】 : « Elle craint que je sois une marchandise à perte, et veut fondre deux choses en une pour conclure l’affaire. Avec son mérite d’avoir recommandé le général et chassé les brigands, il a assez pour supporter une famille et vivre. Quelle peine a-t-elle prise pour vouloir m’unir ? Assez ! La vieille dame, pleine d’égards, se tourmente trop, craignant les préparatifs. »
【Le jeune maître dit】 : « Je vais changer de vêtements. »
【Il heurte mademoiselle en sortant】
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Qingxuan he】 : « Devant la porte, sous le rideau, je déplace mes petits pieds. J’allais lancer un regard, mais qui sait que son cœur, connaissant l’occasion, a déjà tout percé à jour. Effrayée, je recule, je recule. »
【Le jeune maître voit mademoiselle】
【La dame dit】 : « Mademoiselle, avance et salue ton frère aîné ! »
【Le jeune maître, à part】 : « Ah, le ton n’est pas le même, malheur ! »
【Mademoiselle dit】 : « Ah, ma mère a changé d’avis ! »
【Hongniang dit】 : « Ce mal d’amour va recommencer. »
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Yan’er luo】 : « Comme des épines, comment bouger ? Raide et sans réaction ! Les yeux fixes, sans pouvoir répondre ! Molle, ne pouvant me tenir assise ! »
【Air : Desheng ling】 : « Qui aurait cru que cette vieille dame pleine d’usages ferait de Yingying une sœur saluant son frère ? Les eaux blanches du pont de Lan montent, le feu du temple de Xian s’allume en crépitant. Les flots clairs et verts séparent les poissons jumeaux en bruissant ; pourquoi tant de hâte ? D’un coup sec, elle referme les sourcils en cadenas. »
【La dame dit】 : « Hongniang, regarde le vin chaud. Mademoiselle, verse à boire à ton frère ! »
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Tianshui ling】 : « Ici, je baisse mon cou de poudre, fronce mes sourcils de phalène, mon cœur de parfum n’a plus de recours. Que suis-je donc, pour que “les paroles abondent quand on se voit” ? Les yeux étoilés troubles, la bouche de santal soupirant, je réfléchis en vain : ce banquet n’est qu’un ramassis de hasard. »
【Mademoiselle verse le vin】
【La dame insiste】
【Le jeune maître dit】 : « Je ne bois pas beaucoup. »
【Mademoiselle dit】 : « Hongniang, prends la coupe ! »
【Air : Zhegui ling】 : « Lui, il ne peut vraiment avaler ce jade liquide et ces ondes d’or. Qui aurait cru que, sous la lune, dans l’aile ouest, cela deviendrait un rêve vide dans l’arbre de Nanke ? Les larmes coulent en cachette, essuyant en secret la soie parfumée. Lui, il est là, las et mou, affalé en tas ; moi, je ne peux lever la main, ni soutenir mes épaules. La maladie s’aggrave, il est difficile de survivre. Si tu le fais périr, à quoi bon ton intelligence ? »
【La dame dit】 : « Verse encore une coupe ! »
【Hongniang tend la coupe】
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Yue shang haitang】 : « Une coupe de vin d’ennui, je l’ai bue devant l’aînée, baissant la tête sans mot dire, me tourmentant moi-même. Sans être ivre, mon visage est rouge, mais déjà la grande coupe de verre me pèse. À cause de cela, le vin montant au cœur serait encore supportable. »
【Hongniang, à part, dit à mademoiselle】 : « Sœur aînée, ce chagrin, comment y faire face ? »
【Mademoiselle chante】 :
【Air : Yao pian】 : « Le chagrin présent est encore léger ; plus tard, quand j’y penserai, comment ferai-je ? J’ai envie de dire tout mon cœur, mais ma mère est assise à côté, un obstacle ; à un pied de distance, c’est comme si j’étais séparée par le bout du monde. »
【La dame dit】 : « Hongniang, raccompagne mademoiselle dans sa chambre ! »
【Mademoiselle prend congé du jeune maître et sort】
【Mademoiselle dit】 : « Ma mère, vraiment, sa bouche ne suit pas son cœur ! »
【Air : Qiaopai er】 : « La vieille dame tourne en rond sans règle, comment deviner ses énigmes ? Dans les coins sombres, elle nous berce de douces paroles, et quand on vient, on n’a que de la peine. »
【Air : Jiangshui er】 : « Les belles, de tout temps, ont eu un sort mince ; les lettrés, d’ordinaire, sont faibles. Mourant comme une mouche sans tête, on laisse la marchandise à perte ; si tu ne conclus pas le mariage, à la fin, c’est là qu’on m’enverra ! »
【Air : Dian qian huan】 : « Tout à l’heure, je riais encore, et voilà que tout devient les larmes nombreuses du magistrat de Jiangzhou. Sans une lettre qui brisa les dix mille brigands, comment ma famille aurait-elle survécu ? Que veut-il donc, sinon l’union ? Jusqu’à présent, c’est difficile à saisir. La vieille dame ment jusqu’au ciel : au début, c’est toi, mère, qui as réussi, et aujourd’hui, c’est toi, Xiao He, qui as tout gâché. »
【Air : Liting yan dai xiezhi sha】 : « Désormais, mon visage de jade sera solitaire comme la fleur de poirier, le vermillon pâli de mes lèvres de cerise, ce mal d’amour, quand finira-t-il ? Sombre comme une mer noire profonde, vaste comme une terre blanche épaisse, bleu et infini comme un ciel vaste ; haut comme le mont Taihang que je contemple, profond comme la mer de l’Est où ma soif de toi se noie. Il me frappe si fort ! Ma mère, elle broie les doubles fleurs tremblotantes, coupe le ruban des cœurs jumeaux parfumé, brise la branche de jade des amours entrelacées. La vieille mère aux cheveux blancs ne prend pas la charge, la jeune fille au printemps est retardée, elle piétine mon bel avenir de brocart. Ma mère, avec ses douces paroles, l’a leurré ; avec de vains titres, elle m’a perdue. »
【Elle sort】
【Le jeune maître dit】 : « Je suis ivre, je prends congé. Devant madame, je voudrais dire un mot pour exprimer mon cœur, si je le puis ? Naguère, les brigands me pressaient, et madame avait dit : celui qui pourrait les repousser épouserait Yingying. Je me suis avancé, j’ai écrit au général Du, et j’ai à peu près sauvé madame du désastre. Aujourd’hui, invité au banquet, je croyais à une joyeuse promesse ; j’ignore l’intention de madame, qui me traite avec les rites d’un frère. Je ne suis pas venu pour boire et manger ; si cette affaire ne se réalise pas, je me retire sur-le-champ. »
【La dame dit】 : « Monsieur, bien que vous ayez le mérite de m’avoir sauvée, il se trouve que mademoiselle, du vivant de feu le Premier ministre, avait été promise à mon neveu Zheng Heng. Il y a quelques jours, je lui ai envoyé une lettre à la capitale pour l’appeler, mais il n’est pas encore venu. Si cet enfant arrive, que faire de cette affaire ? Il vaut mieux vous récompenser en or et en soieries ; choisissez une fille de famille noble et puissante, et demandez sa main ailleurs. Qu’en pensez-vous ? »
【Le jeune maître dit】 : « Puisque madame ne donne pas, à quoi me serviraient l’or et les belles ? Ne sait-on pas que “dans les livres, il y a des femmes belles comme le jade” ? Aujourd’hui, je prends congé. »
【La dame dit】 : « Ne partez pas encore, aujourd’hui il y a encore du vin. Hongniang, conduis ton frère au cabinet pour qu’il se repose ; demain, j’aurai d’autres choses à dire. »
【Elle sort】
【Hongniang soutient le jeune maître】
【Le jeune maître récite】 : « Avec le destin, on ne peut que passer la nuit au monastère de Xiao ; sans le destin, il est difficile de rencontrer le printemps de la chambre nuptiale. »
【Hongniang dit】 : « Jeune maître Zhang, n’aurais-tu pas dû boire une coupe de moins ? »
【Le jeune maître dit】 : « Qu’ai-je bu ? »
【Le jeune maître s’agenouille devant Hongniang】 : « Pour mademoiselle, nuit et jour, j’ai oublié de manger et de dormir, mon âme s’est épuisée en rêves, souvent je suis comme si j’avais perdu quelque chose. Depuis la rencontre au monastère, nos chants à travers le mur, l’attente au vent sous la lune, j’ai souffert d’innombrables peines. Au moment où l’union allait se faire, madame a changé d’avis, me laissant à bout de ressources. Quand cette affaire finira-t-elle ? Petite sœur, comment n’aurais-tu pas pitié de moi ? Fais-lui savoir mon cœur, qu’elle connaisse mes sentiments. Devant toi, je vais dénouer ma ceinture et me donner la mort. »
【Le jeune maître récite】 : « Hélas, le courage de celui qui se piquait la cuisse et suspendait son livre par les cheveux va presque devenir l’âme errante d’un exilé. »
【Hongniang dit】 : « Dans la rue, le bois est bon marché ; brûle-toi donc, espèce d’idiot. Ne t’inquiète pas, je vais trouver un moyen pour toi. »
【Le jeune maître dit】 : « Où est ce moyen ? Je te bâtirai un autel pour t’y introniser général. »
【Hongniang dit】 : « Je vois que Monsieur a un qin ; tu dois t’y connaître. Notre sœur aînée aime profondément la musique du qin. Ce soir, je vais avec elle au jardin brûler de l’encens nocturne ; au signal d’une toux, tu joueras du qin ; regarde ce que mademoiselle dira, puis je lui rapporterai tes paroles. S’il y a quelque chose à dire, demain je viendrai te le rapporter. Pour l’instant, je crains que madame me cherche ; je rentre. »
【Elle sort】
